mercredi 11 septembre 2013

Les surcapacités bancaires

De nombreuses branches industrielles ont connu une évolution parallèle à celle que connaît actuellement l’industrie bancaire en passant d’une structuration fondée sur des oligopoles nationaux ou régionaux à une globalisation de leur activité tant en termes de marché que de production. Or ce passage qui traduit une modification profonde des conditions de fonctionnement du marché s’accompagne souvent d’une phase de surcapacité. Ce diagnostic est-il pertinent pour le secteur bancaire ?
Les causes

Un système bancaire très réglementé en atténuant la concurrence, par les prix favorise d’autres formes de concurrence, notamment une concurrence spatiale. Or si l’on applique à l’industrie bancaire les résultats de la théorie de la concurrence monopolistique à différenciation horizontale, on comprend les ressorts du surdimensionnement des réseaux bancaires aujourd’hui constaté. Dans le modèle de l’économie circulaire généralement utilisé pour visualiser ce type de concurrence, les banques choisissent la taille de leur réseau et l’emplacement de leurs agences. Les clients choisissent leur banque non seulement en fonction des conditions de prix (taux débiteurs et créditeurs) mais également en fonction de la proximité de l’agence. En fait, les guichets bancaires se trouvent en situation de monopole local vis-à-vis des clients proches spatialement et la concurrence par les prix vise à capter la clientèle intermédiaire entre deux agences. Un résultat classique de ce type de modèle est que la libre concurrence conduit à un surnombre d’agences par rapport à l’optimum social. La réglementation, notamment celle limitant la rémunération des dépôts qui permet aux banques de disposer de ressources quasi gratuites, accentue cette tendance au surinvestissement en infrastructures bancaires [Chiappori, Perez-Castrillo et Verdier, 19921. La déréglementation, en renforçant la concurrence par les prix, a donc mis en évidence l’existence de capacités de production excédentaires. Le surdimensionnement des réseaux caractérise une situation où l’augmentation du nombre d’agences, plutôt que d’accroître l’activité de l’ensemble des guichets, réduit l’activité moyenne par guichet.


Dans toute industrie, la surcapacité désigne des conditions de marché dans lesquelles des économies d’échelle inexploitées persistent et où les coûts sont donc décroissants de manière statique, c’est-à-dire indépendamment du processus d’innovations. Dans le cas du secteur bancaire, un critère spécifique de surcapacité peut conforter le diagnostic. En effet, les combinaisons productives étant dans cette industrie des combinaisons d’actifs risqués, l’excès de risque constitue un critère de surcapacité. 

Dès lors que le maintien ou l’accroissement du volume des crédits s’accompagne d’une augmentation du risque à niveau de rentabilité donné, ou d’une baisse de rentabilité à niveau de risque inchangé, il y a présomption de surcapacité [Dietsch, 19931. Bien que le diagnostic sur l’existence de surcapacités dans l’industrie bancaire depuis la fin des années quatrevingt, notamment en Europe continentale, fasse l’objet d’un assez large consensus, ce constat doit être affiné selon les types d’activité bancaire. En effet, ce sont surtout les fonctions traditionnelles d’intermédiation bancaire (collecte de dépôts et octroi de crédit) qui sont affectées par des surcapacités pesant sur leurs marges unitaires. Ce ciblage des excès de capacités de production dans la banque s’explique aisément par la forte contraction de la demande de produits bancaires traditionnels (crédits et produits d’épargne) qui a accompagné la libéralisation financière.

Une application au marché bancaire européen

Dans l’Union européenne, la deuxième directive de coordination bancaire du 15 décembre 1989 entrée en vigueur le 1er janvier 1993 pose les principes de licence bancaire unique, de reconnaissance mutuelle des agréments, de liberté d’établissement et de libre fourniture transfrontière de services financiers. 

Ces principes doivent s’analyser coumie autant de facteurs accroissant le degré de contestabilité des marchés bancaires européens. Il en est de même pour la banque à distance qui supprime la nécessité d’une implantation locale et dont le développement a été permis par la mobilisation de moyens techniques parfois anciens (courrier ou téléphone) mais souvent plus récents (informatique, télématique et Internet). Enfin, l’adoption de l’euro a supprimé une importante barrière à l’entrée, à savoir celle que constituait le risque de change.

L’existence d’un passeport européen accordant aux banques de l’Union la liberté d’établissement et de prestation de services leur permet maintenant, une fois engagées sur leur territoire national les coûts irrécupérables inhérents à lactivité bancaire, de franchir les frontières et de bénéficier ainsi d’économies d’échelle au niveau de l’ensemble de la zone euro sur la base d’investissements opérés à l’échelon national.
L’ensemble de ces évolutions indique clairement que l’interpénétration des systèmes bancaires européens est appelée à s’accroître et que la concurrence va encore s’intensifier.

Les effets sont néanmoins très différenciés sur les marchés bancaires de détail et de gros. Le marché bancaire de détail (ménages et petites entreprises) demeure très segmenté et le degré de pénétration transfrontière reste faible. Ce segment bancaire est toujours structuré par les services de proximité permis par le réseau de succursales. L’importance des coûts irrécupérables liés notamment aux effets de réputation et < de
marque dans les relations bancaires de détail rend ce segment peu contestable. Seul un fort développement de la banque électronique pourrait contrer cet état de fait. Les pays nordiques sont probablement des précurseurs dans ce domaine. La Norvège et la Suède ont un taux de pénétration (utilisateurs en pourcentage de la population) de plus de 25 % et la Finlande de plus du tiers. Il en résulte qu’en 2000 plus de 30 % de tous les Européens utilisant la banque électronique résident dans les pays nordiques et 22 % résident au Royaume-Uni [OCDE, 20011. Au contraire, les marchés bancaires de gros sont déjà largement internationaux et très concurrentiels. L’union monétaire a renforcé cette tendance en éliminant les avantages compétitifs qui étaient partiellement associés aux différentes monnaies nationales. En dépit de la persistance de certaines frictions (légales ou fiscales), le degré de contestabilité du marché de gros est très supérieur au marché de détail.


La contestabilité différenciée des marchés bancaires

Les marchés bancaires ne sont pas contestables. Des barrières à l’entrée demeurent, qu’elles soient légales (exigences de fonds propres, d’une licence, etc.) ou économiques (réseau de succursales, équipements informatiques spécifiques, réputation, etc.), mais ils ont gagné en contestabilité.
Dans la banque comme dans d’autres industries, les coûts fixes ne sont pas nécessairement irrécupérables dès lors qu’un marché de l’occasion efficace existe sur lequel la banque peut céder ses actifs quand elle sort du secteur. Les coûts non récupérables (sunk costs) constituent au contraire une barrière importante à la sortie. Ils peuvent être de nature technologique (forte spécificité de certains équipements comme les logiciels de traitement de l’information), institutionnelle (réglementation à l’entrée) ou stratégique. Une spécificité caractérise néanmoins le concept de coût irrécupérable appliqué à l’industrie bancaire son extension aux actifs financiers [Dietsch, 19921. La partition coûts récupérables-coûts non récupérables recouvre ici largement la distinction entre actifs liquides et il liquides. Les coûts irrécupérables sont associés aux relations de long terme que la banque entretient avec ses clients et donc à la faible négociabilité d’une partie de son actif. En d’autres termes, les crédits bancaires, malgré l’existence d’un marché de la titrisation, demeurent des actifs faiblement récupérables. De fait, l’ensemble de ces coûts sera d’autant moins irrécupérable que le marché des démembrements, fusions et acquisitions sera plus animé.
Sur les marchés bancaires, le degré de concurrence est différent selon les types d’activité, comme nous l’illustrons dans le cas européen.


Les avantages de la contestabilité

Les avantages attendus des marchés contestables sont l’absence de prix ou de profits excessifs, la suppression des pratiques de prix artificiellement bas et l’élimination des gaspillages, notamment la réduction des inefficiences X au sens de Liebenstein. Celui-ci a mis en évidence l’existence d’un facteur < X > distinct des facteurs de production traditionnels (capital et travail) qui influe sur l’efficience ou l’inefficience des firmes. Il trouve sa source dans la qualité de l’organisation interne de l’entreprise qui conditionne l’intensité d’utilisation des facteurs, donc la productivité.
Un marché contestable interdit les prix et profits excessifs y compris en cas d’oligopole. En effet, si les coûts irrécupérables sont nuls, tout profit supérieur au taux de rendement concurrentiel constitue une opportunité de profit pour les entrants potentiels. Ceux-ci peuvent se permettre en s’installant sur le marché de vendre moins cher que la firme en place. Même si cette incursion reste temporaire, elle demeure profitable tant que la sortie du marché ne coûte rien.
Un marché parfaitement contestable interdit également tout système de prix prédateurs. Une telle pratique désigne une fixation de prix artificiellement bas impliquant une perte délibérée de profit afin d’évincer du marché un concurrent ou d’interdire l’accès au marché à un entrant potentiel. Une fois l’objectif atteint, le prédateur peut relever ses prix de manière à compenser ses pertes antérieures par un profit excessif auquel il avait transitoirement renoncé. De telles pratiques ne sont rationnelles que si le prédateur anticipe pouvoir dégager des surprofits futurs. Cette perspective étant par définition exclue sur un marché contestable, les pratiques de prédation doivent logiquement disparaitre. Il en va de même des subventions croisées qui désignent des pratiques de tarification où certains clients de firmes peuvent acheter certains produits ou services à un prix qui entraîne une perte pour la firme; perte qui est compensée par une surtarification pesant sur d’autres produits ou services et pouvant donc être supportée par d’autres clients. Dans le domaine bancaire cela recouvre des pratiques où la banque subventionne les taux sur les crédits qu’elle octroie en sous- rémunérant les dépôts.
Enfin, les vertus de la contestabilité tiennent à sa capacité à éliminer tant les inefficacités dans l’allocation des ressources que les inefficiences organisationnelles internes aux entreprises (inefficience X). Ces dernières sont imputables à des défaillances managériales.


Concurrence et rivalité potentielle entre offreurs

Le concept de contestabilité [Baumol, Panzar et Willig, 1982j signifie que la pression concurrentielle peut être exercée aussi bien par l’éventualité de l’entrée de nouveaux offreurs sur le marché que par les producteurs rivaux déjà en place. Cette définition dissocie le concept de concurrence d’une forme particulière de marché. 

Une contestabilité même parfaite est compatible avec l’existence d’économies d’échelle et donc avec des formes oligopolistiques de marché dès lors que la menace de nouveaux entrants potentiels incite à la discipline de marché. En d’autres termes, sur un marché contestable, quel que soit le nombre de firmes installées, la concurrence potentielle discipline le marché et contraint les firmes à délaisser les pratiques anticoncurrentielles en matière de fixation de prix ou de production. Ainsi, cette nouvelle théorie de la concurrence remet en cause le lien automatique entre concentration et pouvoir de monopole.

Un marché est parfaitement contestable s’il est possible d’y entrer et d’en sortir sans supporter de coût. Un marché contestable ne supporte donc ni barrières à l’entrée ni coûts irrécupérables (sunk costs) à la sortie. La liberté de sortie, concept longtemps peu étudié par les économistes, apparaît comme l’apport fondamental de la théorie de la contestabilité des marchés. Elle est la contrepartie de la gratuité d’entrée. En effet, si une entreprise peut quitter une industrie sans supporter de perte sur les capitaux qu’elle y a investis, sa décision d’y entrer ne lui coûtera rien. En revanche, si une part de son investissement est irrécupérable et que sa sortie implique donc une perte sur la valeur de ces actifs, la décision d’entrer sur le marché entraîne nécessairement un coût. Celui-ci prend la forme d’un risque supérieur à celui que supporte une firme déjà installée et constitue par là même une barrière à l’entrée.


Le marché bancaire est-il contestable?

La conception de la concurrence véhiculée par la théorie néoclassique a fortement altéré le contenu du concept forgé par Adam Smith. Celui-ci appréhendait la concurrence comme un processus dynamique, comme un comportement dicté par la rivalité économique. La concurrence ne se rattachait pas à une forme particulière de marché. Le modèle de concurrence parfaite, en gommant les mécanismes d’émulation et de lutte économique entre les firmes, non seulement rompt la filiation avec Smith mais, plus grave, occulte les processus constitutifs de la dynamique d’évolution du capitalisme. Cette conception réductrice de la concurrence est porteuse d’une vision quasi manichéenne des formes de marché où le nombre d’offreurs constitue un critère discriminant permettant de juger la proximité à la norme concurrentielle. Nombre d’auteurs ont tenté de rompre avec cette vision désincarnée de la concurrence. Parmi les plus illustres on peut citer : Chamberlin et sa théorie de la concurrence monopolistique, Schumpeter pour qui la concurrence est au cœur du processus de destruction créatrice qui guide l’évolution du capitalisme et, enfin, Hayek qui conçoit la concurrence comme une procédure de découverte qui assure la promotion du progrès technique et l’amélioration de la situation des consommateurs. Plus récemment, la théorie des marchés contestables a renoué avec l’idée que la concurrence a partie liée avec la rivalité, même potentielle, des firmes.

Le redéploiement des activités bancaires



La réaction des banques à cette érosion de leur fonction traditionnelle d’intermédiation fut double d’une part, elles tentèrent de maintenir leurs activités de prêts en s’engageant sur des types de crédits plus risqués et, d’autre part, elles développèrent fortement leurs activités de marché, notamment au hors-bilan, les activités sur produits dérivés. L’accroissement de la part des prêts à l’immobilier dans le total des prêts bancaires illustre cette dégradation de la qualité des emprunteurs qui a fragilisé nombre de systèmes bancaires (États-Unis, France, Japon, Norvège, Suède, Finlande, etc.). Plus fondamentalement, les banques se sont massivement engagées dans des activités de marché et ont ainsi activement participé au brouillage des frontières entre elles et les autres intermédiaires financiers. Avec ce redéploiement de leurs activités hors du coeur de leur métier traditionnel, les banques sont apparues porteuses de nouveaux risques, étrangers à ceux qu’elles avaient l’habitude de gérer, les risques de marché. Cette réorientation de l’activité des banques, loin de sonner le glas de la fonction bancaire de fourniture de liquidité, l’élargit. En effet, le bon fonctionnement de systèmes financiers fondés sur les marchés repose sur l’organisation efficace de la négociabilité des actifs et donc sur la liquidité des marchés. Celle-ci est conditionnée par l’existence d’intermédiaires de marché ayant une assise financière leur permettant de se porter contrepartie les teneurs de marchés. Les banques, du fait de la mobiliérisation de leur bilan et de leur accès privilégié à la monnaie centrale, peuvent disposer d’un statut tout à fait privilégié parmi les faiseurs de marché. Elles contribuent à la liquidité du marché en période normale et sont un rouage essentiel de l’apport de liquidité par la banque centrale en cas d’effondrement de marché. La crise boursière de 1987 ou l’effondrement du marché obligataire en 1994 témoignent de cette possibilité d’une disparition de la liquidité sur les marchés. Quand un tel mouvement vendeur à sens unique se déclare, dans un contexte d’incertitude où aucun opérateur ne peut déterminer le seuil à partir duquel le marché va se récupérer, seul un apport de liquidité par les banques centrales peut stabiliser le marché. L’injection de liquidité par les autorités monétaires permet de renouveler les crédits qui ont financé les positions et, ce faisant, constitue un signal de prix planché. Les banques sont des courroies de transmission tout à fait privilégiées dans ce type de soutien au marché.

vendredi 6 septembre 2013

Les exemples bancaires américain et français

Les États-Unis ont été des précurseurs en matière de restructuration des bilans bancaires [Edwards et Mishkin, 1995; Mishkin, 19961. L’importance des banques commerciales comme source de financement des emprunteurs non financiers a fortement décru. En 1974, les banques fournissaient 35 % de ces financements, en 1995, elles n’en assuraient plus que 22 %. La part des actifs gérés par les banques dans le total des actifs gérés par l’ensemble des intermédiaires financiers constitue une autre façon de percevoir le déclin de l’intermédiation bancaire traditionnelle. Cette part est tombée de 38 % sur la période 1960-1980 à 28 % en 1995. Le passif des banques américaines a également subi des mutations considérables. Ainsi, les dépôts mobilisables par chèque représentaient 60 % du passif bancaire en 1960, ils sont tombés à moins de 20 % en 1994, 18 % en 2001. Le déclin de l’intermédiation bancaire traditionnelle aux États-Unis a provoqué une forte baisse de profitabilité qui a entraîné une concentration du secteur bancaire et, en réaction, une réorientation de l’activité des banques vers des prêts plus risqués et vers les activités hors bilan. Cet engagement massif dans les activités hors bilan se reflète dans l’accroissement de la part des revenus issus de ces activités (commissions et revenus de négoce) dans le total du revenu des banques. Cette part est passée d’une moyenne de 19 % sur la période 1960-1980 à 43 % du produit net bancaire en 1999.
Si les États-Unis ont amorcé le mouvement de restructuration des bilans bancaires, les autres pays industriels ont connu un phénomène comparable. Ainsi en est-il des banques françaises.
La transformation, en vingt ans, de la structure de bilan des grandes banques commerciales françaises est évidente. On observe une simultanéité entre le réaménagement de l’actif, décrue de la part des crédits à la clientèle et accroissement du portefeuille de titres, et celui du passif, baisse de la part des dépôts de la clientèle et augmentation des obligations et titres négociables. Cette mobiliérisation du bilan des banques françaises signifie, d’une part, qu’une proportion croissante des financements quelles accordent passe par l'acquisition de titres émis par les agents à besoin de financement plutôt que par l’octroi de crédits; et, d’autre part, qu’elles drainent une part croissante de leurs ressources en émettant des titres. Dans le même temps, les conditions de taux d’intérêt débiteurs (sur les crédits) et créditeurs (sur la collecte de ressources) sont devenues de plus en plus dépendantes des conditions de marché. Cette conséquence induite de l’accroissement de la concurrence dans la finance associée à la déformation de la structure de bilan des banques pèse sur la marge d’intermédiation bancaire. En réaction, les banques ont fortement accru leurs revenus hors marge d’intermédiation, c’est-à-dire les revenus liés aux opérations sur titres et aux commissions engendrées par les opérations de marché, notamment sur dérivés. Le produit net bancaire représente une forme de valeur ajoutée propre au monde bancaire. Sa décomposition en revenus liés à l’intermédiation bancaire traditionnelle (intérêts reçus moins intérêts versés) et revenus divers, c’est-à-dire hors marge d’intermédiation, permet d’appréhender la montée en puissance des opérations de marchés dans l’activité des banques.


L’industrie bancaire

Depuis la crise des années trente, l’activité bancaire était traditionnellement très réglementée. Au nom de la stabilisation du système bancaire, un ensemble de dispositifs réglementaires (agréments des autorités publiques, restrictions à l’entrée de nouvelles banques sur le marché, séparation stricte entre banques et non-banques, etc.) réduisait la concurrence interbancaire. Cette protection légale permettait au club de banques en place de dégager des taux de profit largement supérieurs à ceux d’autres industries moins réglementées. Cette spécificité a été remise en cause depuis les années quatre-vingt, l’industrie bancaire ayant subi une modification drastique des conditions de la concurrence sous l’effet conjugué d’un choc de demande, dub choc technologique et d'un changement radical «environnement réglementaire. En effet, l’accroissement de la variabilité des taux de change et des taux d’intérêt a suscité une forte demande pour des instruments de gestion du risque tels les contrats à terme ou les options. Il en a résulté un fort développement de ces marchés de produits dérivés. L’essor considérable de la gestion collective de l’épargne, la montée en puissance corrélative des investisseurs institutionnels ainsi que la diversification internationale des portefeuilles sont également des éléments essentiels de la forte transformation de la demande. Ces évolutions ont affecté tous les pays industrialisés et vont toutes dans le sens d’un accroissement de la part des marchés dans le financement des économies. Le choc technologique concerne quant à lui l’incorporation rapide des progrès technologiques en matière de transmission et de traitement de l’information (informatique et télécommunications). Ces évolutions techniques ont permis à l’industrie bancaire de réduire les coûts de transaction associés aux opérations financières et ont stimulé la diversification de l’offre de produits. Enfin, la déréglementation a considérablement réduit les barrières légales à l’entrée dans le secteur bancaire, et ainsi altéré les situations de rente dont bénéficiaient les banques en place.
Ces trois chocs (demande, technologique et réglementaire) ont suscité de profondes restructurations de l’industrie bancaire, une altération des performances et une modification des comportements des banques. Ces évolutions sont analysées par les économistes à l’aide des concepts et outils de l’économie industrielle et de la théorie de la concurrence imparfaite [Cahuc, 1998; Gabszewicz, 20031.
Les marchés bancaires sont-ils devenus contestables? L’industrie bancaire est-elle en surcapacité? Quelle est la logique du mouvement de concentration-diversification que l’on observe dans le secteur bancaire? La présence d’économies d’échelle et d’envergure suffit-elle à expliquer l’ampleur de ce mouvement? Telles sont les questions majeures traitées par l’économie industrielle appliquée à la banque.


Le déclin de l’intermédiation bancaire traditionnelle

L’intermédiation bancaire traditionnelle a été mise à mal tant du côté de la collecte de dépôts que de l’octroi de crédits. Les États-Unis ont été précurseurs de ce double mouvement d’atteinte à l’intermédiation bancaire traditionnelle, mais le reste du monde a ultérieurement connu le même phénomène. Les innovations financières et la déréglementation ont partout créé des alternatives attractives s’offrant aux déposants et aux emprunteurs. Jusqu’au début des années quatre-vingt, les dépôts constituaient une ressource bon marché pour les banques dans la plupart des pays. Les taux rémunérant ces dépôts étaient généralement plafonnés et les dépôts à vue non rémunérés. La hausse de l’inflation dans les années soixante-dix et l’augmentation corrélative des taux d’intérêt rendirent les épargnants plus sensibles aux différentiels de taux de rendement des différents actifs. Ainsi s’amorça un mouvement de conversion des dépôts bancaires faiblement rémunérateurs en actifs à plus fort rendement comme les SICAV ou FCP dans le cas français. De plus, l’existence de réglementations sur les taux bancaires créditeurs créait une opportunité pour les intermédiaires financiers non bancaires d’inventer, à l’abri d’une réaction des banques, de nouveaux produits financiers combinant liquidité et rendement. Aux États-Unis, l’innovation majeure en ce domaine fut la création des money market mutual funds dont les parts sont des substituts à la monnaie de transaction alors que leur rendement est proche de celui du marché monétaire. Le principe est le suivant un fonds du marché monétaire investit en titres de créances négociables et propose à ses clients des parts de très faible montant. Les détenteurs de ces parts peuvent les vendre en émettant des chèques et ainsi les utiliser comme moyen de paiement si le vendeur l’accepte. Parallèlement à cette perte de leur pouvoir de monopole sur les déposants, les banques durent faire face à un accroissement de la concurrence du côté de leur actif. En effet, la recherche du rendement par les épargnants et le développement corrélatif de l’épargne contractuelle aux dépens des dépôts bancaires ont non seulement accru la concurrence entre banques et non-banques du côté de leur passif mais également dopé le développement des marchés financiers. En réaction, les entreprises se sont massivement tournées vers des financements de marché devenus moins coûteux que les financements intermédiés. L'augmentation du taux «autofinancement des entreprises couplée aux possibilités nouvelles d’émission de titres — billets de trésorerie (titres du marché monétaire émis par les entreprises non financières), obligations et autres effets à moyen et long terme tant sur les marchés nationaux qu’internationaux — a réduit la dépendance au financement bancaire des meilleurs clients des banques, les grandes entreprises.

En résumé, dans la plupart des pays ces mutations ont eu pour conséquence sur les bilans bancaires d’une part, une réduction de la part des dépôts dans le passif et une augmentation corrélative de la part des fonds empruntés et, d’autre part, une mobiliérisation  de l’actif bancaire, c’est-à-dire un accroissement de la part des titres.

jeudi 5 septembre 2013

L’évolution de l’activité des banques

Les transformations des systèmes financiers dépendent fortement des formes prises par l’épargne des ménages. Or le régime de basse inflation couplé aux évolutions démographiques dans les pays industrialisés a profondément modifié les formes prises par l’épargne, et cette tendance va aller en s’accentuant. En effet, le vieillissement des populations en Europe et plus généralement dans le monde industriel suscite des motivations d’épargne liées au cycle de vie, ce qui favorise l’épargne financière à visée longue. Un comportement patrimonial d’augmentation de la richesse des ménages par rapport à leur revenu est donc prévisible [Aglietta, 20011. Or celui-ci transforme les formes de l’épargne, les investisseurs institutionnels (intermédiaires financiers non bancaires) recevant une proportion de plus en plus importante de l’épargne des pays industriels.
L’évolution de l’activité des banques
Les principaux investisseurs institutionnels sont les sociétés d’investissement, les fonds de pension et les compagnies d’assurance. Les sociétés d’investissement sont des organismes de gestion de portefeuille investis en titres (titres du marché monétaire, obligations ou actions). Leurs caractéristiques varient selon les pays et les types de placement effectués. Les mutual funds américains et les OPCVM (SICAV et FCP français) se classent dans cette catégorie.
Les fonds de pension ont pour vocation de financer les retraites. Ils collectent les contributions des bénéficiaires ou des commanditaires (entreprises ou syndicats) et les placent afin d’assurer les droits acquis par les bénéficiaires. Leur poids parmi les investisseurs institutionnels est d’autant plus important que le pays a un système de retraite par capitalisation (pays anglo-saxons notamment). En revanche, dans les pays où prédomine la retraite par répartition, les fonds de pension ont encore un poids faible. Mais la nécessité d’effectuer un lissage inter temporel du contre-choc démographique qui deviendra particulièrement aigu à partir de 2010 favorisera la promotion en Europe et ailleurs de régimes de retraite par capitalisation cii complément des régimes par répartition [Aglietta, 20011. Cette évolution prévisible laisse une marge de progression considérable aux fonds de pension et autres investisseurs institutionnels dans tous les pays non anglo-saxons.

Ce mouvement de fond associé au développement des innovations financières et à la déréglementation de l’industrie bancaire à partir des années quatre-vingt a profondément affecté l’activité des banques.

Pourquoi les banques

Une banque est un intermédiaire financier spécifique. Elle est un intermédiaire financier dans la mesure où sa fonction traditionnelle est d’octroyer des crédits et de collecter des dépôts. Elle prête à moyen-long terme et emprunte à court terme. Mais sa spécificité tient à son pouvoir de création monétaire. L’octroi de crédit par une banque ne se fait pas sur la base de ressources préexistantes. La banque ne se contente pas de transformer les caractéristiques d’une épargne préformée. Elle crée par le crédit un dépôt bancaire au bénéfice de l’emprunteur.
Au niveau macroéconomique, le pouvoir de création monétaire du système bancaire lève une contrainte majeure sur l’accumulation du capital le financement des projets nouveaux d’investissement n’est plus assujetti à l’épargne formée au cours de la période. Les banques ne se contentent pas de recycler des ressources qu’elles ont préalablement collectées. Elles prêtent des sommes qui viendront ensuite se déposer dans leurs comptes. Les banques font ainsi des paris sur des projets industriels, elles anticipent sur des profits à venir. Ces paris sont fondés sur une évaluation de la qualité spécifique des projets. Cette estimation est multidimensionnelle. Le risque de non-remboursement d’un crédit repose sur des paramètres non maîtrisables par l’emprunteur, comme l’état de la conjoncture présente et future, mais également sur les qualités intrinsèques du projet qui souvent ne sont pas quantifiables et sur la solvabilité présente et à venir de l’emprunteur lui-même. La collecte des informations sur l’ensemble de ces paramètres est coûteuse pour l’intermédiaire financier. Celui-ci dispose d’informations externes directement fournies par le demandeur de fonds qui dispose toujours d’un avantage informationnel sur sa propre situation par rapport au prêteur. L’émergence des institutions financières peut alors être présentée comme le fruit de leur capacité supérieure à celle du marché à réduire ces asymétries d’information. Parmi les intermédiaires financiers, les banques disposent d’un avantage additionnel du fait de la multiplicité des services financiers qu’elles rendent à leurs clients et qui est source de recoupement d'information. En particulier, leur fonction de tenue des comptes et de gestion des moyens de paiement représente un élément d’appréciation fondamental de la qualité spécifique de l’emprunteur. Les relations bilatérales que la banque entretient dans la durée avec ses clients lui assurent donc la production d’un savoir idiosyncratique [Guille, 19941. Le passé de la relation de crédit, les mouvements et soldes des différents comptes que la banque gère, les éventuels accidents de paiements constituent autant d’informations internes à la banque et non transmissibles au marché. La supériorité des banques par rapport au marché quant à la connaissance de la qualité des emprunteurs repose, d’une part, sur les données objectives que nous venons d’évoquer, informations que seules les banques détiennent, et, d’autre part,
sur une appréciation subjective inhérente aux relations de confiance qui ont pu se nouer au cours du temps entre la banque et son client. L’information acquise par les banques sur les débiteurs est donc privative alors que l’information que véhiculent les marchés financiers est collective au sens d’accessible à tous. À cet égard, la distinction entre actifs négociables et non négociables correspond au degré auquel l’information exigée pour vérifier et contrôler la valeur de l’investissement est publiquement offerte par l’emprunteur [Goodhart, 19881. Les actifs négociables sont ceux pour lesquels l’emprunteur offre la masse d’informations exigées par les investisseurs, tandis que, pour les actifs non négociables, le prêteur rassemble davantage d’informations. Les banques apparaissent donc comme des intermédiaires financiers spécialisés dans l’octroi de prêts à fort contenu informatif. L’imparfaite négociabilité de l’actif bancaire qui en résulte combinée à l’émission de dettes remboursables au pair, à vue ou à court terme (les dépôts), rend les banques particulièrement vulnérables aux chocs de liquidité [Diamond et Dybvig, 19831. Cette spécificité de bilan constitue, selon Goodhart, la différence fondamentale entre les banques et les autres intermédiaires financiers. Les caractéristiques du portefeuille d’actifs des intermédiaires financiers déterminent largement le type de dette qu’ils peuvent offrir dette à valeur nominale fixe dans le cas des banques, à valeur de marché dans le cas des fonds d’investissement collectif.

La reconnaissance par le marché de cette supériorité du savoir bancaire explique que l’obtention d’un prêt bancaire auprès d’une banque réputée constitue pour le marché un signal fort quant à la robustesse financière de l’entreprise. Cet effet de réputation peut se refléter dans l’accroissement du cours des titres des firmes qui annoncent la signature d’un contrat de prêt et même dans leur accès au marché boursier. La supériorité du savoir bancaire ne signifie pas pour autant l’élimination des asymétries d’information entre le débiteur et la banque. Tout d’abord, une asymétrie d’information irréductible persiste entre la banque et l’emprunteur sur la situation de celui-ci et sur la qualité du projet financé. Cette asymétrie d’information ex tinte ou < information cachée > est inhérente aux marchés où s’échangent des produits dont la qualité est mieux connue par le vendeur que par l’acheteur. Cette situation crée des problèmes d’antisélection. Le prix, dans notre cas le taux d’intérêt, n’est plus un révélateur de la qualité de la promesse de remboursement. La banque ne peut être certaine de ne pas prêter à de mauvais emprunteurs. Sur le marché du crédit, en raison de la nature même du < bien > échangé, à savoir des promesses de remboursement, l’asymétrie informationnelle ex an te, que subit chaque banque avec ses débiteurs, se double d’une incertitude qui touche les banques dans leur ensemble sur la qualité des crédits qu’elles octroient. En effet, les banques gèrent individuellement cette asymétrie d’information par un ensemble de méthodes comme l’imposition de collatéraux (garanties) ou par des processus de rationnement fondés sur la différenciation des emprunteurs et leur catégorisation. En d’autres ternies, les banques définissent des conditions hors prix d’obtention de crédit hypothèques et autres formes de garantie notamment sur le patrimoine de l’emprunteur, apport personnel, etc. Ces conditions hors prix constituent un moyen pour les banques de sélectionner leurs clients en imposant des conditions inégales d’accès au crédit en fonction du risque qu’elles estiment encourir. Or ces méthodes reflètent à un moment donné du temps un modèle de représentation et d’interprétation propre à la communauté bancaire dans son ensemble. Cette caractéristique explique l’importance du < climat des affaires > dans l’évolution du marché du crédit, avec des vagues collectives d’optimisme ou de pessimisme. La crise de l'immobilier ayant < plombé > les bilans de systèmes bancaires entiers dans les années quatre- vingt-dix est une bonne illustration du caractère en partie collectif des méthodes de représentation du risque de crédit. Les banques restent également soumises à des asymétries d’information ex post, ils se manifestent une fois le crédit accordé et concernent le comportement de l’emprunteur durant la durée du contrat de prêt. Celui-ci peut en effet être tenté, dans certaines circonstances, d’accroître son exposition au risque et ainsi d’augmenter l’exposition au risque de crédit de la banque. Quand l’asymétrie d’information se réfère ainsi à une action cachée, on parle d’aléa moral ou de hasard moral. Les techniques de contrôle et de surveillance (monitoring) appliquées par les banques visent à réduire ce type de comportement.

BANQUES ET FORMES D’INTERMEDATION FI NANCIERE

De non remboursement de certaines créances de la banque. Elles recouvrent des provisions pour dépréciation, c’est-à-dire pour créances douteuses, des provisions pour risques et charges liées notamment au risque de change et à l’exécution des engagements hors bilan, et des provisions pour risque-pays. Les capitaux propres constituent, quant à eux, la garantie ultime de solvabilité de la banque.
Mais le bilan ne reflète qu’une partie des activités bancaires. Il n’inclut que les crédits accordés et les engagements contractés véritablement et de manière non contingente à la période présente. La banque a également des activités hors bilan qui ne correspondent pas à cette définition. Les opérations hors bilan recouvrent les engagements futurs ou virtuels de la banque qui n’ont pas donné lieu à un flux de trésorerie. C’est donc dans le hors-bilan que sont enregistrés
— les devises ou titres à recevoir ou à livrer, ainsi que les opérations sur instruments financiers à terme. Il s’agit essentiellement de contrats de change et de taux d’intérêt (contrats à terme, swaps, contrats d’option);
— les engagements : la banque s’engage à avancer des fonds ou à acquérir un actif à une date future prédéterminée. Ces engagements peuvent être irrévocables ou conditionnels;
— les garanties : la banque garantit les engagements de certains de ses clients et permet ainsi qu’ils obtiennent des financements de tiers.
Le bilan offre donc une vision très partielle de l’activité bancaire. Ce décalage entre les activités des banques appréhendées à travers leur bilan et l’ensemble de leurs activités s’est considérablement accentué ail cours des années quatre-vingt-dix, la croissance du hors-bilan bancaire étant beaucoup plus rapide que celle du bilan. Ainsi, dans le cas de la France, les engagements hors bilans de l’ensemble des établissements de crédit atteignaient 1,65 fois la taille de leurs bilans en 1990 (bilans

14 026,8 milliards de francs, hors bilans :23 162,5 milliards de francs), le facteur multiplicatif est passé à 7,77 en 2002 (total de bilan : 3 786 milliards d’euros, encours des instruments financiers à terme 29 401 milliards d’euros).

mardi 27 août 2013

Pourquoi les banques?

Une banque est un intermédiaire financier spécifique. Elle est un intermédiaire financier dans la mesure où sa fonction traditionnelle est d'octroyer des crédits et de collecter des dépôts. Elle prête à moyen-long terme et emprunte à court terme. Mais sa spécificité tient à son pouvoir de création monétaire. L'octroi de crédit par une banque ne se fait pas sur la base de ressources préexistantes. La banque ne se contente pas de transformer les caractéristiques d'une épargne. Elle crée par le crédit bancaire un dépôt bancaire au bénéfice de l'emprunteur.

Au niveau macroéconomique, le pouvoir de création monétaire du système bancaire lève une contrainte majeure sur l'accumulation du capital: le financement des projets nouveaux d'investissement n'est plus assujetti à l'épargne formée au cours de la période. Les banques ne se contentent pas recycler des ressources qu'elles ont préalablement collectées. Elles prêtent des sommes qui viendront ensuite se déposer dans leurs comptes. Les banques font ainsi des paris sur des projets industriels, elles anticipent sur des profits à venir. Ces paris sont fondés sur une évaluation de la qualité spécifique des projets. Cette estimation est multidimensionnelle. Le risque de non-remboursement d'un crédit bancaire repose sur des paramètres non maîtrisables par l'emprunteur, comme l'état de la conjoncture présente  et future, mais également sur les qualités intrinsèques du projet qui souvent ne sont pas quantifiables et sur la solvabilité présente et à venir de l'emprunteur lui-même. La collecte des informations sur l'ensemble de ces paramètres est coûteuse pour l'intermédiaire financier. Celui-ci dispose d'informations externes directement fournies par le demandeur de fonds qui dispose toujours d'un avantage informationnel sur sa propre situation par rapport au prêteur. L'émergence des institutions financières peut alors être présentée comme le fruit de leur capacité supérieure à celle du marché à réduire ces asymétries d'information. Parmi les intermédiaires financiers, les banques disposent d'un avantage adirent à leurs clients et qui est source de recoupement d'information. En particulier, leur fonction de tenue des comptes et de gestion des moyens de paiement représente un élément d'appréciation fondamental de la qualité spécifique de l'emprunteur. Les relations bilatérales que la banque entretient dans la durée avec ses clients lui assurent donc la production d'un savoir idiosyncratique [Guille, 1994]. Le passé de la relation de crédit bancaire, les mouvements et soldes des différents comptes que la banque gére, les éventuels accidents de paiements constituent autant d'informations internes à la banques par rapport au marché quant à la connaissance de la qualité des emprunteurs repose, d'une part, sur les données objectives que nous venons d'évoquer, informations que seules les banques détiennent, et, d'autre part, sur une appréciation subjective aux relations de confiance qui ont pu se nouer au cours du temps entre la banque et son client. L'information acquise par les banques sur les débiteurs est donc privative alors que l'information que véhiculent les marchés financiers est collective au sens d'accessible à tous. à cet égard, la distinction entre actifs négociables et non négociables correspond au degré auquel l'information exigée pour vérifier et contrôler la valeur de l'investissement est publiquement offerte par l'emprunteur [Goodhart,1988]. Les actifs négociables sont ceux pour lesquels l'emprunteur offre la masse d'informations exigées par les investisseurs, tandis que, pour les actifs non négociables, le prêteur rassemble davantage d'informations. Les banques apparaissent donc comme des intermédiaires financiers spécialisés dans l'octroi de prêts à fort contenu informatif. L'imparfaite négociabilité de l'actif bancaire qui en résulte combinée à l'émission de dettes remboursables au pair, à vue ou à court terme (les dépôts), rend les banques particulièrement vulnérables aux chocs de liquidité [Diamond et Dybvig,1983]. Cette spécificité de bilan constitue, selon Goodhart, la différence fondamentale entre les banques et les autres intermédiaires financiers déterminent largement le type de dette qu'ils peuvent offrir: dette à valeur nominale fixe dans le cas des banques, à valeur de marché dans le cas des fonds d'investissement collectif.


La reconnaissance par le marché de cette supériorité du savoir bancaire explique que l'obtention d'un prêt bancaire auprès d'une banque réputée constitue pour le marché un signal fort quant à la robustesse financière de l'entreprise. Cet effet de réputation peut se refléter dans l'accroissement du cours des titres des firmes qui annoncent la signature d'un contrat de prêt et même dans leur accés au marché boursier. La supériorité du savoir bancaire ne signifie pas pour autant l'élimination des asymétries d'information entre le débiteur et la banque. Tout d'abord, un asymétrie d'information irréductible persiste entre la banque et l'emprunteur sur la situation de celui-ci et sur la qualité du projet financé. Cette asymétrie d'information ex ante ou "information cachée" est inhérente aux marchés où s'échangent des produits dont la qualité est mieux connue par vendeur que par l'acheteur.

Un bilan bancaire typique

L'ordre des postes tant à l'actif qu'au passif est inversé par rapport au bilan de la comptabilité générale: le haut du bilan correspond aux opérations de trésorerie et le bas aux immobilisations côté actif, et aux capitaux propres côté passif. L'encaisse de trésorerie correspond à l'impératif pour toute banque de faire face à tout moment à une demande de conversion en monnaie centrale émanant de sa clientèle ou d'une autre banque. Elle peut également être influencée par la réglementation imposant la constitution de réserves obligatoires auprès de la banque centrale. En fonction de leur situation de trésorerie, les banques échangent entre elles de la liquidité, elle prête sur le marché interbancaire et cette opération apparaît à son actif. Si elle est déficitaire, elle emprunte sur le marché interbancaire et cette opération est enregistrée à son passif. Les opérations bilatérales que la banque noue avec sa clientèle constituent le coeur de l'intermédiation bancaire traditionnelle: collecte de dépôts au passif et octroi de crédits à l'actif. Les opérations des banques sur les marchés de capitaux sont les suivantes: le portefeuille de titres acquis par la banque apparaît à l'actif alors que les titres émis par la banque pour se financier sur le marché  des  titres de créances négociables ou sur le marché obligatoire notamment apparaissent au passif. Les immobilisations constituent un poste hétérogène dont la caractéristique commune est de représenter des emplois stables. Il peut s'agir d'équipement, d'immeubles, mais également d'immobilisations financières. Ces dernières correspondent à des prises de participation dans d'autres entreprises visant à l'exercice d'un pouvoir de contrôle ou d'influence sur celles-ci. Les provisions constituées au passif du bilan bancaire visent à compenser le risque de non-remboursement de certaines créances de la banque. Elles recouvrent des provisions pour dépréciation, c'est-à-dire pour créances douteuses, des provisions pour risques et charges liées notamment au risque de change et à l'exécution des engagements hors bilan, et des provisions pour risque-pays. Les capitaux propres constituent, quant à eux, la garantie ultime de solvabilité de la banque.

Mais le bilan ne reflète qu'une partie des activités bancaires. Il n'inclut que les crédits accordés et les engagements contractés véritablement et de manière non contingente à la période présente. La banque à également des activités hors bilan qui ne correspondent pas à cette définition. Les opérations hors bilan recouvrent les engagements futurs ou virtuels de la banque qui n'ont pas donné lieu à un flux de trésorerie. C'est donc dans le hors-bilan que sont enregistrés:

-les devises ou titres à recevoir ou à livrer, ainsi que les opérations sur instruments financiers à terme. Il s'agit essentiellement de contrat de change et de taux d'intérêt (contrats à terme, swaps, contrats d'option);

- les engagements: la banque s'engage à avancer des fonds ou à acquérir un actif à une date future prédéterminée. Ces engagements peuvent être irrévocables ou conditionnels;

- les garanties: la banque grantit les engagements de certains de ses clients et permet ainsi qu'ils obtiennent des financements de tiers.

Le bilan offre donc une vision très partielle de l'activité bancaire. Ce décalage entre les activités des banques appréhendées à travers leur bilan et l'ensemble de leurs activités s'est considérablement accentué au cours des années quatre-vingt-dix, la croissance du hors-bilan bancaire étant beaucoup plus rapide que celle de bilan. Ainsi, dans le cas de la France,

Les engagements hors bilans de l'ensemble des établissements de crédit atteignaient 1,65 fois la taille de leurs bilans en 1990 (bilans: 14 026,8 milliards de francs, hors bilans: 23 162,5 milliards de francs), le facteur multiplicatif est passé à 7,77 en 2002 (total de bilan: 3786 milliards d'euros, encours des instruments financiers à terme : 29 401 milliards d'euros).

Pourquoi des intermédiaires financiers?

Pourquoi les marchés de capitaux n'assurent-ils pas seuls, c'est-à-dire sans qu'existent d'intermédiaires financiers, l'ajustement entre les besoins et les capacités de financement individuels? Depuis Gurely et Shaw qui ont proposé en 1960 une synthèse théorique sur l'intermédiation financière, on admet que les désirs d'emprunt et de prêt étant souvent incompatibles dans leurs formes, une fonction essentielle des intermédiaires financiers consiste à transformer les caractéristiques des actifs financiers. Les intermédiaires financiers assurent une transformation des échéances, des risques et des rendements. L'aversion différenciée pour le risque qui caractérise les agents non financiers et les intermédiaires financiers constitue une autre justification de l'existence des institutions financières. Plus généralement, l'existence d'intermédiaires financiers a pour origine l'imperfection des marchés de capitaux. La littérature plus récente met l'accent sur la réduction des coûts de transaction et surtout des asymétries d'information. Tout d'abord, la collecte et l'emploi de ressources par les intermédiaires financiers sont sujets aux économies d'échelle: le coût unitaire de production des services financiers diminue à mesure que la quantité fournie augmente. Le volume des opérations permet également une meilleure diversification des risques. Par ailleurs, l'intermédiation financière réduit nombre de coûts inhérents aux opérations financières: les coûts recherchent de la contrepartie de la transaction financière, les coûts d'acquisition de l'information sur le débiteur, les coûts de contrôle de la bonne exécution des échanges, etc. La combinaison de services de paiement et d'intermédiation confère un avantage irréductible aux banques par rapport aux autres intermédiaires financiers dans la réduction des asymétries informationnelles. En effet, la tenue des comptes des clients est une source d'information continue pour la banque (périodicité et montant des revenus, capacité d'épargne, éventuels accidents de paiement, etc.) qu'elle peut mobiliser lors d'une demande de prêt pour évaluer la solvabilité de l'emprunteur.



mercredi 21 août 2013

Qu'est-ce qu'une banque?

La mise en œuvre des activités économiques donne lieu à des recettes et des dépenses dans les comptes des différents agents. Certains vont  se trouver excédentaires, d'autres déficitaires. L’existence du système financier s'explique par ce déséquilibre des comptes individuels. L’épargne des agents non financiers
Diffère généralement de leur investissement en actifs physiques. Les agents à capacité de financement cherchent un emploi pour l'excédent de leur revenu sur leur dépense et les agents à besoin de financement désirent au cours d'une période dépenser plus qu'ils ne gagnent. Cette complémentarité des besoins explique tant l'existence de marchés de capitaux, où prêteurs et emprunteurs peuvent se rencontrer directement, que l'existence d'intermédiaires financiers spécialisés dans la satisfaction conjointe de ces besoins via une intermédiation bancaire traditionnelle ou une intermédiation de marché qui participe à l'essor des marchés financiers. Ainsi, il n'y a pas d'antagonisme entre intermédiation financière et développement des marchés et extension de la finance directe. Au contraire, c'est l'intermédiation de marché qui soutient la globalisation financière. Celle-ci ne voue donc pas les banques à la disparation, mais élargit le champ de leuurs activités. La liquidité des marché repose d'ailleurs sur le rôle de market maker des banques et donc sur leur fonction d'intermédiation de marché.

Pourquoi des intermédiaires financiers?
Pourquoi les marchés de capitaux n'assurent-ils pas seuls, c'est-à-dire sans qu'existent d'intermédiaires financiers, l'ajustement entre les besoins et les capacités de financement individuels? Depuis Gurley et Shaw qui ont proposé en 1960 une synthèse théorique sur l'intermédiation financière, on admet que les désirs d'emprunt et de prêt étant souvent incompatibles dans leurs formes, une fonction essentielle des intermédiaires financiers consiste à transformer les caractéristiques des actifs financiers. Les intermédiaires financiers assurent une transformation des échéances, des risques et des rendements. L'aversion différenciée pour le risque qui caractérisé les agents non financiers et les intermédiaires financiers constitue une autre justification de l'existence des institutions financières (Pyle,

1971). Plus généralement, l'existence d'intermédiaires financiers a pour origine l'imperfection des marché de capitaux. La  littérature plus récente met l'accent sur la réduction des coûts de transaction et surtout des asymétries d'information. Tout d'abord, la collecte et l'emploi de ressources par les intermédiaires financiers sont sujets aux économies d'échelle: le coût unitaire de production des services financiers diminue à mesure que la quantité fournie augmente. Le volume des opérations permet également une meilleure diversification des risques. Par ailleurs, L'intermédiation financière réduit nombre de coûts inhérents aux opérations financières: les coûts de recherche de la contrepartie de la transaction financière, les coûts de négociation des conditions financières, les coûts d'acquisition de l'information sur le débiteur, les coûts de contrôle de la bonne exécution des échanges, etc. La combinaison de services de paiement et d'intermédiation confère un avantage irréductible qux banques par rapport aux autes intermédiaires financiers dans la réduction des asymétries informationnelles. En effet, la tenue des comptes des clients est une source d'information continue pour la banque (périodicité et montant de revenus, capacité d'épargne, éventuels accidents de paiement,etc)qu'elle peut mobiliser lors d'une demande de prêt pour évaluer la solvabilité de l'emprunteur.

Banques et formes d'intermédiation financière

On oppose souvent finance directe et finance indirecte. La finance directe désigne les configurations où l'endettement contracté par les emprunteurs ultimes l'est directement auprès des prêteurs ultimes. En d'autres termes, il y a finance directe quand un agent à capacité de financement acquiert directement une obligation o un billet de trésorerie émis par une entreprise ayant un besoin de financement. On parle au contraire de finance indirecte quand l'ajustement entre l'offre et la demande de financement nécessite l'intervention d'un intermédiaire financier. Cette distinction ne recouvre pas le clivage entre financement par émission de titres et financement par crédit bancaire. En effet, la finance aujourd'hui se caractérise par un montée en puissance considérable du financement de marché, qui s'effectue par émission de titres, alors même que la finance directe est de plus en plus marginale. La finance reste donc toujours très largement intermédiaire mais c'est la forme de l'intermédiation qui a connu une nutation considérable.

 La finance bancaire traditionnelle, c'est-à-dire centrée sur la collecte des dépôts et l'octroi de crédits, tend  à décliner alors que l'intermédiation de marché, qui s'articule sur la mise en commun de l'épargne et une gestion active et diversifiée de portefeuille, se développe fortement. Or les investisseurs institutionnels qui regroupent les organismes de placement collectif, les compagnies d'assurance et les fonds de pension sont les intermédiaires financiers qui développent le plus activement la gestion collective de portefeuille. Ils sont au cœur de la logique d'intermédiation de marché qui s'impose avec la globalisation financière. En conséquence, les banques sont soumises à une forte contrainte d'adaptation à cette forme de finance indirecte qui se traduit par une transformation importante de leurs activités.


Avant de nous intéresser à la modification du poids respectif de ces deux formes d'intermédiation et aux conséquences induites sur l'activité des banques, nous présentons la théorie de l'intermédiation financière et bancaire, et les fondements de la spécificité des banques.

Economie bancaire : Introduction


Quelles sont les spécificités des spécificités des banques nécessitant qu'elles soient plus réglementées que d'autres firmes? Pourquoi la libéralisation financière et l'accroissement corrélatif de la concurrence dans le secteur bancaire se sont-ils accompagnés d'une "épidémie" de crises bancaires se sont-ils accompagnés d'une laisser les banques faire faillite? Pourquoi la mauvaise santé des banques est-elle au cœur de l'enlisement du japon dans une crise qui a duré plus de dix ans? Toutes ces questions sont âprement discutées par les économistes, qu'ils soient académiques ou patriciens. L'économie bancaire fait en effet partie de ce top rare champs d'analyse économique où ces deux catégories d'économistes ne peuvent s'ignorer.

Alors que la théérie économique dominante se focalisait traditionnellement sur l'économie réelle, considérant tant la monnaie que l'intermédiation financière comme inessentielles, la période récente est marquée par un foisonnement de travaux infléchissant cette tendance. On assiste en effet depuis les années quatre-vingt à un fort renouvellement des recherches en économie bancaire. Ce regain d'intérêt est multiforme. Il concerne particulièrement la microéconomie bancaire, l'économie industrielle appliquée à la banque, le rôle des banques dans la croissance, dans la transmission de la politique monétaire et la question de réglementation bancaire. Par un apparent paradoxe, c'est dans une période où la montée des marchés financiers est souvent présentée comme un recul de la banque, où la déréglementation de l'industrie bancaire atténue la spécificité des banques par rapport aux autres intermédiaires financiers et où les systèmes bancaires nationaux apparaissent fragilisés que l'économie bancaire se révèle particulièrement active et influente.

La description succincte de l'industrie bancaire à la fin des années soixante-dix est un bon moyen d'appréhender l'ampleur des mutations ayant affecté ce secteur dans la plupart des pays, la volonté de limiter les risques d'instabilité financière (au détriment de la concurrence) justifiait alors des restrictions significatives sur l'activité et/ou la localisation géographique des banques, souvent assorties de plafonds sur les taux créditeurs. Ces contraintes s'accompagnaient fréquemment d'une tolérance des pouvoirs publics sur les accords de cartels entre banques. Ces dispositions dataient souvent de l'entre-deux guerres et avaient été imposées en réponse à l’épisode d'instabilité financière de l'époque. Le Glass Steagall Act de 1933, séparant les banques commerciales et les banques d'affaires aux Etats-Unis, en est un exemple symptomatique. à la même époque, la mise en œuvre de la politique monétaire se conformait à une conception interventionniste. Celle-ci prenait la forme de contraintes quantitatives sur l'allocation des crédits encadrement du crédit) et de contrôles des taux d'intérêt débiteurs. à cela s'ajoutaient des restrictions sur les transactions financières internationales. Le Canada, l’Allemagne et les Etats-Unis furent les principales exceptions à cette conception de la politique monétaire.


L'industrie bancaire présente aujourd'hui un visage radicalement différent. Cette mutation s'explique par trois facteurs essentiels. Tout d'abord, les innovations majeures dans le domaine du traitement et de la circulation de l'information ont été un vecteur puissant d'évolution des métiers bancaires. Deuxièmement, la déréglementation et le développement corrélatif des marchés financiers ont fortement conditionné la transformation de l'activité des banques. Enfin, la globalisation financière a poussé à l'internationalisation des banques. L'ensemble de ces facteurs doit s'interpréter comme un accroissement de la concurrence dans le secteur bancaire.
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